Contre-lettre de mission
adressée à Mme Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la communication.



CITOYENS LIBRES


Paris, le  15  octobre 2007

Madame la Ministre,
 
Les campagnes pour l’élection présidentielle et les élections législatives qui viennent d’avoir lieu dans notre pays ont démontré le désintérêt manifesté une fois encore par de nombreuses forces politiques et médiatiques, pour les questions artistiques et culturelles. En élisant au Parlement une large majorité présidentielle, les Français ont donné au gouvernement, tous les outils nécessaires à la réussite de sa mission. Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n’a désormais qu’un seul devoir : celui de mettre en œuvre un programme artistique et culturel cohérent avec nos engagements internationaux en matière de diversité culturelle, hors des corporatismes et des influences commerciales, afin notamment de réconcilier nos compatriotes avec l’action artistique et culturelle.

Tout au long de la campagne présidentielle, quelques thèmes majeurs ont été évoqués dans le débat public traitant de vos compétences ministérielles ; nous attendons de vous que vous les repreniez dans vos propositions et dans vos actions. L’objet de cette contre-lettre de mission citoyenne et républicaine est de vous préciser les points qui, parmi ces thèmes, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons de vous engager résolument, en concertation étroite avec toutes les forces vives concernées.

En 1959, André Malraux définissait ainsi les missions du nouveau ministère des affaires culturelles :  «Le ministère chargé des Affaires culturelles a pour mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ; d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres d’art et de l’esprit qui l’enrichissent». Signe de leur pertinence et de leur permanence, ces missions s’incarnent un demi-siècle plus tard dans les nouveaux « programmes » du ministère (patrimoine, création, transmission des savoirs).

Après l’ère Malraux, qui en vérité ne s’est jamais achevée totalement, un second cycle politique incarné principalement par le ministre Jack Lang, a conduit dans les années 1980 à une forte croissance des moyens d’intervention du ministère (budget, aides fiscales et réglementaires comme le prix unique du livre), permettant de valoriser et de soutenir des formes artistiques toujours plus diverses, et se traduisant par le lancement de  plusieurs « grands projets ». 

Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, un patrimoine riche des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale, un maillage du territoire en équipements et manifestations de toutes sortes, un engagement considérable des collectivités territoriales.... Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier certaines lacunes et de fortes insuffisances eu égard aux exigences de la démocratie: un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d’addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d’ensemble, une prise en compte insuffisante de la diversité culturelle des populations et de la sensibilisation des publics, un faible renouvellement sociologique des personnes fréquentant les lieux culturels. Aujourd’hui, notre politique culturelle apparaît comme l’une des moins redistributives de notre pays. Financée par l’argent de tous, elle ne bénéficie qu’à un nombre encore trop restreint de nos concitoyens. 

L’environnement dans lequel s’inscrit la politique culturelle est par ailleurs en pleine transformation. La révolution numérique crée une possibilité d’accès quasi infini à certaines œuvres de l’esprit, tout en perturbant profondément l’économie de la création et de la diffusion dans de nombreux domaines. Et les industries culturelles sont de leur côté à l’origine d’une part croissante de la richesse et de l’emploi en même temps qu’elles pèsent, de manière trop souvent hégémonique, sur la notion même de culture, confondant les «œuvres» et les «produits», le projet artistique et l’impératif de rentabilité financière.

L’heure d’un nouveau souffle pour notre politique culturelle est donc venue, celle d’adapter l’ambition d’André Malraux au XXIème siècle et à la complexité du monde qui nous entoure. Il vous revient de proposer les voies et moyens d’une politique culturelle nouvelle, audacieuse, soucieuse de favoriser réellement l’égalité des chances, d’élargir les conditions de fréquentation des lieux culturels, de prendre en compte l’ensemble des expressions artistiques ou de création, d’assurer aux artistes une reconnaissance et une rémunération de leur travail, de développer la création et l’appropriation des œuvres par les populations les plus larges et les plus diversifiées, notamment les plus jeunes, de mettre en œuvre enfin la «diversité culturelle» définie dans les textes de l’UNESCO signés par la France, ainsi que la "démocratie artistique et culturelle" dont notre pays a tant besoin..

Votre première mission sera en effet de poursuivre ce double objectif de «diversité et de démocratie  artistique et culturelle» dans toutes ses composantes.

Nous souhaitons d’abord, qu’avec le ministre de l’Education nationale, vous fassiez de l’éducation culturelle et artistique une priorité véritable de votre action en faisant tomber, pour cela, la barrière qui s’est progressivement dressée entre le monde éducatif, celui de la jeunesse, et le monde de la culture du fait, notamment, de la séparation des différents ministères concernés.
L’école doit permettre à tous les élèves et tout au long de leur cursus, une approche pratique de l’expression artistique et une acquisition des attitudes culturelles fondamentales leur permettant de découvrir et d’aimer l’histoire, la langue et le patrimoine littéraire ainsi que la création artistique de notre pays, de l’Europe et du monde, condition pour vivre en homme ou en femme libre, pour apprécier et s’exprimer, tout au long de leur vie, par l’art, le spectacle, la musique, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles.
Nous pensons que la création d’un enseignement d’histoire de l’art ne peut constituer le support de cette éducation culturelle que si tous les enfants, durant l’ensemble de leur scolarité, peuvent d’abord avoir une pratique artistique effective, d’acteur et de spectateur, en diversifiant les possibilités et en favorisant principalement les pratiques collectives. Une action spécifique devra être menée dans le domaine de «l’éducation à l’image» et de la distance critique indispensable face au déferlement audiovisuel imposé chaque jour aux «jeunes cerveaux disponibles». Chaque établissement scolaire devrait établir un « projet artistique et culturel » en fonction de son environnement, et nouer si possible des liens privilégiés avec un ou plusieurs établissements culturels de son territoire. Vous favoriserez pour cela la formation des professionnels de la culture, médiateurs et artistes volontaires qui souhaitent s’engager ou développer dans ces actions partenariales.
Enfin, vous veillerez à ce que les établissements scolaires reçoivent régulièrement des oeuvres de haute qualité sur support numérique, appareillées et accompagnées de compléments documentaires qui en facilitent l’approche (Grandes expositions, Chorégraphies, Films de théâtre, Portraits d’artistes, Archives documentaires de la télévision publique...). La création de telles médiathèques de ressources, adaptées à la transmission en direction des jeunes est un facteur de rentabilité des crédits publics de soutien à la création. Les grandes institutions culturelles (Théâtres nationaux, Centres dramatiques, Musées nationaux, Opéra) en lien avec les producteurs audiovisuels (chaînes publiques, éditeurs numériques) devront participer à cet effort de diffusion et de libre accès aux oeuvres crées et représentées.
La mise en œuvre de cette politique d’éducation culturelle et artistique suppose un partenariat renouvelé et durable entre votre ministère et celui de l’Education nationale ainsi que celui de la Jeunesse, afin que les administrations et le monde de l’éducation se rapprochent de ceux de la culture. Avec le ministre de l’Education, vous étudierez les modalités de ce partenariat pérenne, qui associera les collectivités locales en vous appuyant sur les très riches expériences qui existent déjà dans notre pays. Vous organiserez pour cela un « Grenelle de l’éducation artistique et culturelle » permettant d’associer le plus grand nombre de partenaires à la définition de cette nouvelle politique.

L’accès direct aux œuvres de l’esprit est essentiel, mais il passe aussi, de plus en plus, par la médiation audiovisuelle. A la télévision  comme à l’école, la culture doit être davantage présente dans les programmes.
France Télévisions doit fortement affirmer son identité de service public à travers une offre culturelle plus dense, plus créative, plus audacieuse ; une offre qui marque une plus grande différence avec les chaînes privées; une offre fondée sur des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute et un accompagnement résolu des artistes par des portraits, reportages, documentaires et informations multiples sur leurs travaux, incitant les spectateurs à aller à leur rencontre. Un cahier des charges rénové, qui évitera la référence unique à l’audimat, sera rédigé pour encadrer les activités et préciser les identités des différentes chaînes de France Télévisions.

Radio France devra également poursuivre sa modernisation et promouvoir la diversité éditoriale, culturelle et musicale. S’agissant des radios privées, vous dresserez avec le CSA un bilan des règles applicables en matière de quotas et proposerez des aménagements permettant d’améliorer l’exposition de toutes les musiques comme l’accompagnement des événements artistiques et culturels.

Quant à la révolution numérique, elle doit être l’occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine. En amont, vous maintiendrez et développerez une politique de numérisation du patrimoine culturel volontariste et pragmatique. En aval, l’Etat encouragera  la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l’incitation à la diffusion numérique croissante de contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives. L’INA devrait être associé fortement à cette diffusion et lever les obstacles (financiers notamment) qui freinent cette action.

La culture scientifique, technique et industrielle, ses diverses formes de médiation, ainsi que ses dispositifs (musées et CCSTI, vulgarisation, conférences de consensus, etc.) doit être soutenue. Il faut en effet lui accorder la place qu'elle mérite en tant que composante majeure de la culture et que thème de débat critique. Vous soutiendrez également les nombreuses recherches existant en sciences humaines et sociales autour de ce champ culturel. Par ailleurs, vous aurez à coeur de ne pas orienter ces recherches, essentielles à une bonne compréhension de la culture scientifique, de sa communication, dans le sens d'un simple accompagnement de l'innovation technologique : ce dont une société comme la notre a besoin, c'est d'une pensée critique sur ses sciences, sur ses techniques et sur leur mise en culture.

La gratuité des musées nationaux a été évoquée lors de la campagne présidentielle. Vous conduirez une expérimentation  de la gratuité avec un échantillon significatif d’établissements, en évitant de confondre la gratuité du coût avec la gratuité du sens. Il importe en effet que l’acte culturel conserve, pour chacun, un sens et des valeurs qui ne sauraient se diluer dans une pratique strictement consumériste. Cette gratuité devra donc être accompagnée d’actions spécifiques de sensibilisation et de médiation que vous expérimenterez avec les professionnels concernés. Vous aurez une analyse critique très précise de cette initiative, et n’hésiterez pas à nous faire une contre-proposition si elle n’apporte pas les effets souhaités, ou implique des effets pervers.

Vous étudierez à l’échelon de l’Union européenne, en profitant à cet effet de la présidence française de l’Union au second semestre de l’année 2008, toutes convergences possibles d’actions de création, de diffusion et de circulation des oeuvres et des publics, notamment pour les jeunes et les « seniors », par exemple un droit de visite gratuit aux sites les plus remarquables du patrimoine européen. Cette proposition sera faite par la France à l’ensemble de nos partenaires européens.

Vous vous appuierez sur toutes les forces vives compétentes (professionnels, associations d’éducation populaire, syndicats, comités d’entreprises...) pour faire venir à la culture des publics qui en sont aujourd’hui éloignés. Avec un renouvellement des pratiques d’action culturelle, vous expertiserez la proposition d’un «chèque culture» remis aux familles les plus défavorisées pour leur permettre d’accéder aux équipements culturels de leur choix, là encore, en évitant de confondre la gratuité du coût avec la gratuité du sens.
Dans des domaines aussi divers que les cultures urbaines (hip hop, rap, slam...), les musiques actuelles, les musiques savantes, le cirque, les arts de la rue, les arts plastiques, la danse, le théâtre, la marionnette, les arts numériques, le cinéma, la vidéo, la littérature, etc., une multitude de projets, de lieux et d’organismes favorisent les initiatives artistiques et culturelles qui associent des pratiques en amateur, en partage avec la population de leur territoire. Ainsi des catégories sociales, souvent à l’écart des lieux culturels intimidants, se retrouvent-elles impliquées dans ces projets. Ces initiatives territoriales, dans les quartiers, en milieu rural ou urbain, se déploient le plus souvent en coopération avec d’autres acteurs sociaux ou économiques. En plus de leur richesse artistique et culturelle, elles jouent alors un rôle essentiel de dynamisme économique local, régional ou national, notamment dans le champ de l’économie solidaire et du « tiers secteur ».
Afin de développer et de pérenniser ces initiatives, vous créerez un «Fonds d’initiative à l’action culturelle et solidaire» rassemblant divers opérateurs et représentants de la vie civile, que vous doterez de moyens conséquents. Vous veillerez à ce que son fonctionnement reste souple avec un mode redistributif équitable.


La démocratie artistique et  culturelle, c’est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création, tout en tenant compte des attentes des publics, permettent un soutien clairement affirmé à la recherche, à l’innovation et aux formes de création les moins inféodées aux canons académiques ou aux productions strictement commerciales. Vous réformerez à cette fin les conditions d’attribution des aides en créant des commissions décentralisées indépendantes d’attribution associant des experts, des artistes, des élus et des représentants des médiateurs et des associations qui oeuvrent en direction du public. Les travaux de ces commissions devront faire l’objet d’un compte-rendu public afin que les critères de choix puissent être connus de tous, par exemple lors de «conférences régionales de la culture» qui pourraient se réunir régulièrement.
Vous exigerez de chaque structure subventionnée, qu’elle rende compte de son action et de la pertinence de ses interventions, au regard du projet artistique et culturel de chacune.
Vous éviterez de leur fixer des obligations de résultats trop contraignantes et uniquement basées sur des critères quantitatifs, mais travaillerez avec chacune à une méthodologie d’évaluation nouvelle et rigoureuse. Vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions, dès lors qu’un projet ou qu’une structure aurait démontré un essoufflement manifeste, en inscrivant chaque projet dans une temporalité prévue en amont. Pour autant, vous resterez attentive à l’importance de la durée dans un processus artistique et culturel et éviterez de précariser les acteurs qui s’y engagent.
Dans le même esprit, et de manière alternative, vous examinerez dans quelle mesure le dispositif d’aide à la production cinématographique, qui repose en partie sur le succès public des œuvres subventionnées, pourrait être appliqué en partie au théâtre, ce qui n’interdit pas de le moderniser par ailleurs.

Deux secteurs traversent actuellement une crise particulièrement grave. Ils devront mobiliser particulièrement votre ministère.

Nous souhaitons que soit conduit dans les plus brefs délais un plan de sauvetage de l’industrie musicale et, plus largement, de protection et de promotion des industries culturelles couvertes par les droits d’auteur et droits voisins, sans pour autant vous laisser abuser par les groupes de pression de ce domaine. Ce plan devra être mené avec la ministre de l’Economie, des finances et de l’emploi, et s’appuyer sur trois volets : la montée en puissance d’une offre numérique diversifiée, bon marché et simple d’utilisation ; la mise en place rapide d’une licence globale ou de tout autre mécanisme similaire, permettant d’en finir avec la prétendue « piraterie » de notre jeunesse ; l’aide à l’adaptation des structures et modèles économiques des industries concernées.
A cette fin, vous favoriserez la mise à disposition du public d’offres commerciales attractives de musique, de films et de toutes les formes de  création enregistrée sur les nouveaux réseaux fixes et mobiles. La chronologie des médias doit d’urgence poursuivre son adaptation. Vous inciterez les titulaires de catalogues à numériser leurs œuvres et à les distribuer sur tous les supports. Vous ferez de l’interopérabilité une priorité majeure. Parallèlement, vous rechercherez voies et moyens pour conclure un accord interprofessionnel permettant de dissuader efficacement et de réprimer la contrefaçon de masse. Les solutions techniques et économiques existent, elles doivent être expérimentées et mises en œuvre. Vous nous proposerez les mesures d’accompagnement utiles à la sauvegarde et à la transition des industries culturelles vers de nouveaux modèles de développement et de croissance. Vous préparerez donc une révision de la loi DADVSI, pour permettre à notre pays d’être en position pionnière en Europe pour la défense des internautes, la diffusion de contenus numériques, la promotion de l’interopérabilité et la responsabilité des acteurs de l’Internet.

Par ailleurs, vous prendrez les dispositions nécessaires pour permettre à la presse quotidienne de sortir de la crise qu’elle traverse depuis des années, en particulier en ce qui concerne le régime de sa distribution et son adaptation à l’univers numérique.

Les Français sont, vous le savez, très attachés à notre patrimoine. Vous poursuivrez l’effort de remise à niveau des crédits alloués à la politique du patrimoine, vous vous efforcerez d’augmenter le nombre et monuments accessibles au public et poursuivrez la politique d’animation territoriale qui avait été instaurée dans plusieurs d’entre eux, avec grand succès.

Vous éviterez pour cela de dépenser trop de moyens pour un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France. De même, en prévision des soixante-dix ans de l’appel du Général de Gaulle (2010), vous porterez en débat public le projet peut-tre trop ambitieux de mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Vous mettrez cette proposition en balance avec des propositions moins onéreuses ; par exemple les témoignages, histoires, récits et mémoires, pourraient être simplement collectés puis réunis dans un DVD qui serait remis gratuitement à tous les enfants de France, le jour de la lecture de la lettre de Guy Môquet. Une grande émission de télévision sur le thème «Résister» pourrait accompagner cette journée nationale.

En lien avec le ministre des Affaires étrangères et européennes, nous vous demandons de moderniser en profondeur l’action culturelle extérieure de la France. Nous souhaitons que la France soit plus déterminée à promouvoir sa langue, sa culture et ses artistes à travers le monde de même qu’elle entend accueillir, dans les conditions les plus dignes, les artistes du monde. Dans l’esprit de la convention de 2005 sur la diversité culturelle, voulue par la France dans le cadre de l’UNESCO, vous donnerez priorité à la coopération et au développement des projets artistiques et des industries culturelles des pays les plus pauvres.

Vous appuierez l’effort de rationalisation des structures de la politique culturelle extérieure de la France demandé au ministre Affaires étrangères et européennes, afin que cette politique gagne en cohérence, en visibilité et en impulsion. Vous étudierez les moyens de mieux déployer nos implantations culturelles à l’étranger en fonction de la nouvelle géographie des zones d’influence et de création dans le monde, et des conséquences de l’intégration européenne sur l’étendue de notre réseau diplomatique et consulaire.
Vous proposerez notamment à toutes les institutions et structures culturelles subventionnées, en accord avec les collectivités territoriales, d’être jumelées avec des structures correspondantes du même domaine d’activité, dans un pays d’Afrique ou d’Europe.

A partir d’une étude définissant nos objectifs selon les différentes parties du monde, vous élaborerez un schéma de réorganisation et de rationalisation des instruments de la politique audiovisuelle extérieure de la France pour une présence audiovisuelle plus forte, plus cohérente, plus ambitieuse, plus efficace.

De même, nous voulons que la France joue un rôle majeur dans l’accueil et la formation des futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers. Vous prendrez les dispositions nécessaires pour les attirer en France créer des liens étroits et durables entre ces élites et nos artistes. Par ailleurs, vous rechercherez des collaborations européennes et internationales (principalement avec les pays du Sud) dans le domaine de l’enseignement artistique supérieur.


Si elle ne saurait être soumise aux seules lois de l’argent et du profit, la culture n’en est pas moins de plus en plus une source d’emplois et de richesses. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce que les Français dépensent plus qu’autrefois en matière culturelle. Nous devons également prendre conscience que les industries culturelles sont l’objet d’une lutte d’influence entre plusieurs pays dans le monde et que les enjeux ne sont pas seulement économiques, mais aussi idéologiques, identitaires et d’émancipation.


C’est pourquoi vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour donner à nos industries culturelles les meilleures chances de se développer ou de se renforcer, et à l’image du cinéma français dont le succès est incontestable, ou de la politique du livre qui globalement remplit ses objectifs, vous consoliderez l’action des pouvoirs publics au service de l’indépendance et de la prospérité de ces industries.
Vous veillerez à reformuler les objectifs et les modes d’attribution des aides du Centre national du Livre afin qu’il soit plus en phase avec la réalité des nombreuses maisons d’édition indépendantes de qualité sur l’ensemble du territoire. Vous vous attacherez également à la défense et au soutien de la librairie indépendante, maillon essentiel de la création et de la diffusion du livre.


Dans le cadre d’une renégociation de la sixième directive TVA, qui sera pilotée par la ministre de l’Economie, des finances et de l’emploi, vous vous efforcerez d’obtenir le droit pour notre pays d’appliquer un taux de TVA réduit à l’ensemble de nos biens culturels, dans l’univers physique comme sur les réseaux.

A l’issue d’une réflexion stratégique associant tous les acteurs et couvrant tous les sujets, vous nous proposerez, avec la ministre de l’Economie, des finances et de l’emploi, une remise à plat des dispositions législatives et réglementaires qui s’appliquent au secteur de l’audiovisuel. En tenant compte de la nouvelle donne du marché comme des exigences de la création, l’objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l’émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan, capables de structurer une industrie française puissante des contenus et d’affronter les nouveaux défis liés à la multiplication des canaux de distribution.


Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs.  Sans négliger le domaine du jeu vidéo dans lequel la France dispose d’un capital humain recherché et de sociétés créatives, vous encouragerez la recherche et la création numérique interactive dans les domaines des arts plastiques, de la danse, et de la musique. Pour cela, vous poursuivrez la politique de soutien accordé aux grandes institutions de rayonnement international (ircam, grm, ...) et favoriserez l'émergence de nouvelles structures consacrées à ces disciplines. En particulier vous développerez ces nouvelles approches artistiques dans l'enseignement spécialisé : conservatoires de musique et de danse, écoles d'art.


Vous prendrez les dispositions nécessaires pour redresser rapidement le marché de l’art français. Vous analyserez notamment sa situation juridique et fiscale (TVA, droit de suite...) au regard de la situation dans les autres pays, et ferez des propositions d’amélioration. Vous examinerez les raisons qui freinent la reconnaissance des talents français à l’étranger. Vous évaluerez, avec les professionnels concernés, la pertinence des acquisitions d'œuvres par les Fonds régionaux d'art contemporain et le Fonds national d'art contemporain et toujours avec les professionnels concernés, vous débattrez sans concession des avantages et inconvénients  de la possibilité pour les opérateurs publics d’aliéner certaines œuvres de leurs collections, sans, jamais compromettre le patrimoine de la Nation. Ce dernier principe, essentiel, devra guider votre action.


Vous poursuivrez la réflexion quant au régime d’indemnisation du chômage des artistes et techniciens du spectacle vivant et de l’audiovisuel, évaluerez rapidement la réalité des faits engendrés par la mise en œuvre du dernier protocole et proposerez des solutions innovantes pour la reconnaissance et la dignité de ces milieux artistiques.
Vous réfléchirez notamment à l’élargissement de ce statut aux artistes plasticiens, écrivains, photographes...


Enfin, vous nous proposerez un pilotage rénové de l’organisation de la profession d’architecte et de son enseignement en mettant en oeuvre une véritable insertion professionnelle des jeunes diplômés dans des conditions économiques acceptables pour les entreprises d'architecture et un temps nécessaire à cet apprentissage et vous veillerez à favoriser la diffusion de l’architecture contemporaine et sa prise en compte dans les programmes d’urbanisme et de construction en permettant les conditions d'émergence d'une architecture et d'un urbanisme de qualité en limitant, notamment, le recours au partenariat public privé à de rares exceptions, prenant en compte de la sorte le retour d'expérience sur plusieurs décennies des pays anglo-saxons.

Pour réaliser ces missions et mettre en œuvre ces priorités, vous devrez disposer d’une administration rénovée, moderne, et dégager des marges de manœuvre accrues. Nous souhaitons que les dépenses de fonctionnement du ministère et de ses organismes rattachés, dès lors qu’ils auront été sérieusement évalués, soient réduites au profit de l’aide à la création et à la diversité culturelle.

Sans qu’ils se substituent aux financements publics, vous encouragerez le financement privé de la culture, en étendant encore d’avantage les avantages alloués en faveur du mécénat et des fondations, en favorisant l’extension du mécénat à la politique de sauvegarde du patrimoine, en sachant toutefois que seuls les grands établissements pourront trouver dans la recherche de mécènes un complément (toujours modeste) à leurs financements.
A la tête de tous les établissements et administrations relevant de votre autorité, vous veillerez à associer des personnalités d’envergure du monde culturel et artistique à des gestionnaires confirmés, comme cela se fait déjà dans de très nombreuses structures.

Vous le savez, le programme gouvernemental devra être mis en œuvre en respectant scrupuleusement la responsabilité républicaine de préserver l’avenir des générations futures grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, conforme aux engagements européens et composante essentielle de la démocratie irréprochable que le gouvernement affirme  vouloir mettre en place.

Réussir les réformes attendues par Français et cesser la spirale de l’endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu’il est décidé de substituer véritablement l’intérêt général aux intérêts particuliers de quelques-uns. Répartir la pénurie est aussi absurde et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d’intervention des administrations publiques, c’est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé.




Prochainement, une révision générale des politiques publiques sera entreprise.




L’objet de cette révision générale sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés comme des principaux acteurs de chaque domaine, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d’en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service public rendu aux Français. Nous vous demandons d’organiser, à cet effet, la plus grande concertation sur ces thèmes, en vue d’initier une politique nouvelle (stratégie, finalités, indicateurs) véritablement élaborée et construite conjointement par les acteurs, les citoyens, les élus… Seule une telle démarche démocratique permettra de rendre cette politique plus efficace et moins coûteuse, et surtout de réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires.

Une attention particulière sera portée aux domaines de l’éducation, de la santé, de la culture et de l’environnement, dont la dimension de «bien commun» appelle un engagement rénové et pérenne de la puissance publique.






Nous vous demandons de vous impliquer personnellement dans cet exercice sans pour autant remettre aucunement en cause le sens même de la mission que la présente lettre vous confie. Nous insistons sur le fait qu’un bon ministre ne se reconnaîtra pas (seulement) à la progression de ses crédits, mais à la définition de ses objectifs, à sa capacité à innover et à mobiliser les forces vives et à préparer l’avenir culturel de notre pays.



Sur l’ensemble des points de cette lettre de mission, nous sommes à votre disposition pour vous proposer des méthodes d’évaluation conjointe, que nous ne confondrons pas avec une simple approche comptable ou statistique des données.



Nous ferons le point chaque année de l’avancement de votre mission et des commentaires qu’il convient, le cas échéant, de lui apporter.




Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression nos respectueux hommages démocratiques et républicains.


Commentaires

Bonjour,

je viens de lire dans le Télérama du 13 février un minuscule petit encart sur cette contre-lettre.
Moi-même médiatrice culturelle, "passeuse de culture", je vais dans le sens correctif de cette lettre, même si je crains qu'une majorité n'en ai jamais connaissance.
D'autre part, il ne suffit pas de mettre l'histoire des arts en CM2, si en amont, l'équipe pédagogique n'est pas sensibilisée et si elle ne mesure pas l'intérêt de la chose.
De même, le débat sur la lettre de Guy Môquet et bientôt sur le discours du président à propos de la laïcité. Tout cela n'a de sens que dans un contexte, dans une continuité, dans une durée.
Je signe et j'espère aussi que les médias s'empareront réellement de ce sujet de société.
commentaire n° : 1 posté par : lil le: 14/02/2008 21:30:22
Voici madame Albanel une de vos principales missions! Extrait de Gilles Deleuze- CITATION : L'Ame et le Corps, l'âme n'est ni au-dessus ni au-dedans, elle est "avec", elle est sur la route, esposée à tous les contacts, les rencontres, en compagnie de ceux qui suivent le même chemin "sentir avec eux, saisir la vibration de leur âme et dde leur chair au passage", le contraire d'une morale de salut, enseigner à l'âme à vivre sa vie, non pas à la sauver. FIN DE CITATION.
commentaire n° : 2 posté par : ANDRIEU Yvon le: 13/02/2008 09:37:21
A la place de :
"Pour réaliser ces missions et mettre en œuvre ces priorités, vous devrez disposer d’une administration rénovée, moderne, et dégager des marges de manœuvre accrues. Nous souhaitons que les dépenses de fonctionnement du ministère et de ses organismes rattachés, dès lors qu’ils auront été sérieusement évalués, soient réduites au profit de l’aide à la création et à la diversité culturelle."

je propose la rédaction suivante :

"Pour réaliser ces missions et mettre en œuvre ces priorités vous veillerez notamment à conforter le réseau des Directions Régionales des Affaires Culturelles afin qu'il participe pleinement à l'aménagement du territoire. Aux côtés des autres administrations de l'Etat, elles devront être un élément déterminant de la cohésion sociale et un facteur reconnu de développement économique, social et culturel. Elles devront rester les relais en région et constituer de véritables outils de démocratisation culturelle, s’appuyant sur des équipes aux compétences scientifiques, techniques, artistiques et administratives, très diversifiées. Ses missions traditionnelles devront être pérennisées. Vous veillerez à ce qu'elles mettent en œuvre des priorités définies par le ministère dans le domaine du patrimoine, des musées, des archives, du livre et de la lecture publique, de la musique et de la danse, du théâtre et des spectacles, de la culture scientifique et technique, des arts plastiques, du cinéma et de l’audiovisuel. Vous maintiendrez sa fonction de conseil et d'expertise auprès des partenaires culturels et des collectivités territoriales en vue de renforcer le maillage des équipements culturels et développer l'éducation artistique et culturelle. En outre, vous agirez pour
que le décret d’intégration des Services Départementaux d'Architecture et du Patrimoine dans les DRAC soit enfin signé par l’ensemble des ministères concernés afin de développer un réel pôle patrimonial et architectural en région."

Tahar Ben Redjeb
Archéologue DRAC Picardie
commentaire n° : 3 posté par : Tahar Ben Redjeb le: 05/02/2008 09:08:50
Merci de préciser sur la formation :
"De plus, dans la dynamique de cette formation initiale, vous n'oublierez pas la formation continue, qui doit permettre à tous et à toutes de poursuivre, à toutes les étapes de sa vie professionnelle, cette approche pratique de l'expression artistique, et ce, afin de concourir au développement des habitudes de consommation culturelle.
"
commentaire n° : 4 posté par : ISabelle Brechet le: 04/02/2008 15:08:41
On pourrait aussi demander à Madame Albanel de faire la quête ou de la faire faire pour la restauration du patrimoine. Et de faire son évaluation à la mesure de la somme récoltée!
Depuis un certain temps je ne me sens pas bien digne d'avoir de tels gouvernants.
SLY
commentaire n° : 5 posté par : Lefort des Ylouses le: 03/02/2008 18:34:59
Bonjour! Il me semble que l'accent doit aussi être mis sur l'urgence de confronter les enfants, dès leur plus jeune âge et dans le cursus scolaire, à une réelle pratique musicale, individuelle et collective. J'ai donc rajouté quelques mots EN CAPITALES dans l'extrait du texte suivant:

L’école doit permettre à tous les élèves, ET TOUT AU LONG DE LEUR CURSUS, une approche pratique de l’expression artistique et une acquisition des attitudes culturelles fondamentales leur permettant de découvrir et d’aimer l’histoire, la langue et le patrimoine littéraire ainsi que la création artistique de notre pays, de l’Europe et du monde, condition pour vivre en homme ou en femme libre, pour apprécier et s’exprimer, tout au long de leur vie, par l’art, le spectacle, LA MUSIQUE, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles.
Nous pensons que la création d’un enseignement d’histoire de l’art ne peut constituer le support de cette éducation culturelle que si tous les enfants, durant l’ensemble de leur scolarité, peuvent d’abord avoir une pratique artistique effective, d’acteur et de spectateur, en diversifiant les possibilités et en favorisant les pratiques collectives, NOTAMMENT DANS LE DOMAINE MUSICAL (CRÉATION D'ORCHESTRES, DE CHORALES, ETC). Une action spécifique devra être menée dans le domaine de «l’éducation à l’image» et de la distance critique indispensable face au déferlement audiovisuel imposé chaque jour aux «jeunes cerveaux disponibles». Chaque établissement scolaire devrait établir un « projet artistique et culturel » en fonction de son environnement, et nouer si possible des liens privilégiés avec un ou plusieurs établissements culturels de son territoire. Vous favoriserez pour cela la formation des professionnels de la culture, médiateurs et artistes volontaires qui souhaitent s’engager ou développer dans ces actions partenariales.
commentaire n° : 6 posté par : Lambrichs Anne le: 02/02/2008 12:17:09
Ce que vous dites de la musique est vrai aussi pour d'autres arts, le théâtre, la danse, les arts du cirque... Vos deux premières modifications ont été ajoutées, la troisième centre trop, à nos yeux, sur un seul domaine artistique. Ce sont toutes les pratiques collectives qu'il convient de favoriser...
réponse de : lacontrelettre (site web) le: 02/02/2008 21:21:12
Bravo pour votre initiative.
La culture n'est pas un produit économétrique que l'on juge avec les mêmes critères que les performances d'un commissariat ou d'une chaine de production industrielle,. Si par hypothèse on admet que mesurer l'efficacité du travail de la police relève uniquement de la statistique.????..

La beauté du Pont Neuf peut elle se mettre en équation et dépendre du nombre de personnes qui le traverse quotidiennement? Poser la question c'est y répondre
Quand on se précipite dans les bras de Bush, qu'on reçoit le scientologue tom cruse avec tant d'honneurs, on montre clairement qu'on manque de jugement. Ce sont hélas les inconvénients de la démocratie .

jnc
commentaire n° : 7 posté par : Jean-Nicolas Colnel le: 01/02/2008 21:17:19
Parler d'obligation de résultat en matière de création artistique est une obscènité pure et simple et une insulte de plus à tous ces improductifs en leur temps ayant nom Van Gogh, Modigliani, Lautréamont et autres, la liste est longue... Qui se souviet qu'en ses débuts Vilar et ses saltimbanques à Chaillot jouaient devant d'enthousiastes mais ténus tiers ou quarts de salle? Yves Gourvil, comédien.
commentaire n° : 8 posté par : Yves Gourvil le: 01/02/2008 14:15:20
Je suis géné par la citation encore tronquée de la citation du décret du 24 juillet 1959. La phrase exacte est : "Le ministère chargé des Affaires culturelles a pour mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ; d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres d’art et de l’esprit qui l’enrichissent"
commentaire n° : 9 posté par : Yves le: 01/02/2008 13:20:37
Voilà, la citation complète est ajoutée en remplacement.
réponse de : lacontrelettre (site web) le: 02/02/2008 21:24:49
Bonjour,
Bravo pour votre initiative.

Trois commentaires, dont deux concernant la musique dite "savante", dont je suis acteur (compositeur):

1) Il est important de bien différencier culture et art. La culture, c'est un champs de talent que d'autres personnes vont mettre en rapport nomnial pour former ce mot "culture". Cependant, l'artiste n'est pas là a priori pour faire de la culture (ni même de la pédagogie ou autre activité sociale). Il est là pour se dévouer à son art, quitte à ce que celui-ci créé
ultérieurement une "culture".

2) Il y a une politique alarmante de la musique savante actuellement. La France a été à sa pointe dans les années 60 grâce à des personnalités comme Boulez et les différentes institutions qu'il a créées (ircam, ensemble
Intercontemporain, etc..;°. Aujourd'hui, deux phénomènes sclérosent totalement la scène artistique française.

2 a) D'une part, un compositeur, comme un écrivain, ne vit jamais de son art, et vit souvent de l'enseignement (et ce depuis Mozart, et quand la fonction de Kappelmeister a disparu). Or une réforme des conservatoires
impose qu'aujourd'hui, un prof, quel que soit la discipline, dispose d'un Certificat d'Aptitude. 1ere conséquence: on a ainsi fermé la porte au
recrutement d'artistes étrangers de renom (contrairement aux autres pays qui pour chaque poste mettent en place des concours, et non des diplômes nécessaires). Deuxième aberration: le CA n'existe pas en composition (il existe en harmonie/fugue, en musiques actuelles, en jazz, en électroacoustique). Résultat: a part au CNSM qui n'impose pas le CA, plus aucun réel compositeur ne peut enseigner la composition (ce sont maintenant des professeurs très conservateurs de fugue qui souvent enseignent la
composition). En conséquence, notamment les compositeurs professionnels n'ont plus de débouché, mais on ne créé plus les conditions pour former les compositeurs de demain.

2 b) la scène de la musique contemporaine est devenue terriblement académique et conservatrice, et le ministère de la culture, premier allocataire d'argent, ne fait rien. Le festival de la radio Présences, qui possède en France le monopole financier pour un festival d'envergure, notamment des pièces d'orchestre, est devenu totalement "pompier" et
académique, conservateur. De l'autre côté, l'Ensemble Intercontemporain, dont la subvention annuelle est 20 fois supérieure à l'Ensemble de musique contemporaine le second mieux doté, est surtout dédié à un répertoire du XXe siècle, n'organisant pour la "jeune génération" que une série de concert à vocation "pédagogique" "d'apprentissage du métier" pour les plus jeunes.
Plus de possibilité de montrer que les compositeurs de 30 à 50 ans continuent à créer.

Je crois que cela est tout de même inquiétant.

Fabien Lévy
(compositeur)
commentaire n° : 10 posté par : Fabien Lévy le: 01/02/2008 12:06:40
Bonjour,

Voici une proposition d'ajout concernant la numérisation du patrimoine, qui, sauf erreur, est absente de la lettre et contre lettre.

Quant à la révolution numérique, elle doit être l’occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine.
En amont, vous maintiendrez et développerez une politique de numérisation du patrimoine culturel volontariste et pragmatique.
En aval,
L’Etat encouragera
la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l’incitation à la diffusion numérique croissante de contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives. L’INA devrait être associé fortement à cette diffusion et lever les obstacles (financiers notamment) qui freinent cette action.

A la relecture du paragraphe, la dernière phrase ( notamment sa 2ème partie) me semble boiteuse et j'avoue ne pas bien en saisir le fonds. On pourrait proposer pour élargir un peu, mais sans beaucoup de précision je l'avoue :
Les établissements publics de votre ministère seront étroitement associés à ces politiques.

-------
Belle initiative, je vous ai découvert via le monde ici : http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/01/31/l-obligation-de-resultat-detournee_1005829_3246.html?xtor=RSS-3246

Cordialement
Richard Blandin
commentaire n° : 11 posté par : Richard Blandin le: 01/02/2008 12:02:05
Je propose de modifier et compléter le paragraphe consacré aux arts interactifs ("Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs. La France dispose d’un capital humain recherché et de sociétés créatives dans le domaine du jeu vidéo et nous souhaitons que ce secteur soit intégré dans vos priorités.") de la façon suivante :

Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs. Sans négliger le domaine du jeu vidéo dans lequel la France dispose d’un capital humain recherché et de sociétés créatives, vous encouragerez la recherche et la création numérique interactive dans les domaines des arts plastiques, de la danse, et de la musique. Pour cela, vous poursuivrez la politique de soutien accordé aux grandes institutions de rayonnement international (ircam, grm, ...) et favoriserez l'émergence de nouvelles structures consacrées à ces disciplines. En particulier vous développerez ces nouvelles approches artistiques dans l'enseignement spécialisé : conservatoires de musique et de danse, écoles d'art.
commentaire n° : 12 posté par : DD le: 01/02/2008 12:00:55
La culture scientifique, technique et industrielle, ses diverses formes de médiation, ainsi que ses dispositifs (musées et CCSTI, vulgarisation, conférences de consensus, etc.) doit être soutenue. Il faut en effet lui accorder la place qu'elle mérite en tant que composante majeure de la culture et que thème de débat critique. Vous soutiendrez également les nombreuses recherches existant en sciences humaines et sociales autour de ce champ culturel. Par ailleurs, vous aurez à coeur de ne pas orienter ces recherches, essentielles à une bonne compréhension de la culture scientifique, de sa communication, dans le sens d'un simple accompagnement de l'innovation technologique : ce dont une société comme la notre a besoin, c'est d'une pensée critique sur ses sciences, sur ses techniques et sur leur mise en culture.
commentaire n° : 13 posté par : Igor Babou (site web) le: 31/01/2008 20:44:57
Votre proposition a été intégrée.
réponse de : lacontrelettre (site web) le: 02/02/2008 21:32:16
Un statut pour tous les artistes conformément aux textes de l'UNESCO :

On entend par "artiste" toute personne qui crée ou participe par son interprétation à la création d’oeuvres d’art, qui considère sa création artistique comme un élément essentiel de sa vie, qui ainsi contribue au développement de l’art et de la culture, et qui est reconnue ou cherche à être reconnue en tant qu’artiste, quelle soit liée ou non par une relation de travail ou d’association quelconque. Texte de l'UNESCO
Lili-oto et les Apea Artistes Plasticiens En Aquitaine
Nous ne sommes ni des patrons, ni des salariés, ni des travailleurs indépendants, ni des artisans, ni des commerçants, ni une profession libérale, ni des intermittents mais uniquement des artistes. Ni l'état, ni le ministère de la culture, ni les collectivités territoriales, ni les institutions, ni les diffuseurs, ni les marchands, ni des organisateurs, ni les caisses (retraites, chômage intermittent du spectacle, maison de artistes, maladies, etc.) où nous cotisons qui sont multiples et secondaires selon nos activités artistiques ne peuvent en aucun cas se substituer à notre statut, en édicter des impératifs contraires à ce texte et elles ne peuvent pas exercer un pouvoir de subordination sur ladite loi.
commentaire n° : 14 posté par : lili-oto (site web) le: 20/01/2008 19:21:09
Merci pour cette initiative et pour la dernière phrase qui est l'évaluation. Merci pour ce que j'appelle l'Education Populaire. Merci de dire que ce n'est pas qu'une question de budget. La résistance et la lutte n'en sont qu'aux balbutiements
commentaire n° : 15 posté par : Camerlynck Christian le: 11/01/2008 11:05:31
J'ajoute ma signature aux 600 existantes. Remarques : j'aurais moins insisté sur l'audiovisuel. L'œuvre "réelle" et sa connaissance doit rester la priorité à mon avis.
- Il faut absolument citer la LIBRAIRIE INDEPENDANTE avec la petite édition.
- De même, sur l'INALIENABILITE DES OEUVRES DES MUSEES. C'est plus important que la gratuité, c'est capital, c'est la braderie de notre patrimoine. C'est un dommage irréparable si la possibilité de vendre est applicable.
Félicitations pour l'initiative et pour la présentation.
commentaire n° : 16 posté par : Baptiste-Marrey le: 18/12/2007 10:17:49
Sur le chapitre Education et culture, je trouve que l’accent est surtout mis sur l’accès aux œuvres, ce qui est un peu court pur une véritable politique d’éducation artistique et culturelle…

Par ailleurs, à la fin du chapitre sur la démocratisation culturelle, je propose d’inclure:
"Dans des domaines aussi divers que les cultures urbaines (hip hop, rap, slam…), les musiques actuelles, les musiques savantes, le cirque, les arts de la rue, les arts plastiques, la danse, le théâtre, la marionnette, les arts numériques, le cinéma, la vidéo, la littérature, etc., une multitude de projets, de lieux et d’organismes favorisent les initiatives de création, diffusent les œuvres, multiplient les démarches d’éducation artistique et culturelle, encouragent les pratiques en amateur, souvent en partage avec la population de leur territoire, au moins en concertation. Ainsi des catégories sociales, souvent à l’écart des lieux culturels intimidants, se retrouvent impliquées d’une manière ou d’une autre dans ces projets. Cette foison d’initiatives s’inscrivent dans une logique de territoire, dans les quartiers, en milieu rural ou urbain, se déploient souvent en coopération avec d’autres acteurs sociaux ou économiques, de telle sorte qu’en plus de leur richesse artistique et culturelle, elles jouent un rôle essentiel de dynamisme économique local, régional ou national, souvent dans le champ de l’économie solidaire et du « tiers secteur ».
Afin de pérenniser l’ensemble de ces initiatives, vous créerez un Fonds d’initiative à l’action culturelle et solidaire rassemblant divers opérateurs et représentants de la vie civile et vous le doterez de moyens conséquents. Vous veillerez à ce que son fonctionnement reste souple avec un mode redistributif équitable."

Industries culturelles :
Rajouter cette phrase après «de la prospérité de ces industries» :
Vous veillerez à reformuler les objectifs et les modes d’attribution des aides du Centre national du Livre afin qu’il soit plus en phase avec la réalité des nombreuses maisons d’édition indépendantes de qualité sur l’ensemble du territoire.

E.F
commentaire n° : 17 posté par : E.F le: 10/12/2007 21:51:38
En ce qui me concerne(Je suis musicienne), j'aimerais bien que l'on cesse de parler de l'art en entendant par là, uniquement les arts plastiques. Je préférerais que l'on parle des Arts, et notamment d'histoire des arts. S'il doit y avoir un enseignement artistique à l'école décent, il serait temps d'enseigner une histoires des arts, les mettant tous en perspectives reliés à leur contexte sociologique. Peut-être aurions nous moins de musiciens aveugles, de peintres sourds, etc ..., en outre, cela permettrait peut-être de faire découvrir de façon plus intéressante la musique dite classique et surtout celle dite contemporaine.
Merci pour vôtre travail, bien à vous.
A. Michard
commentaire n° : 18 posté par : A; Michard le: 03/12/2007 14:14:11
un petit paragraphe a propos de l'intermittence, c'est trop peu, ce sujet contient en germes les 3/4 des paramètres divers relatifs à la culture dans son ensemble,
la formulation aussi laisse à désirer "vous poursuivrez la réflexion..." c'est des actes qu'il faut, et rapides,
commentaire n° : 19 posté par : Claude Lavrat le: 25/11/2007 21:26:41
je signe la contrelettre parce que j'aime à voir un avenir pour moi et tous ceux que le voudront plus tard, dans tous les domaines artistiques et culturels possibles.
commentaire n° : 20 posté par : Daisy Raynal le: 25/11/2007 21:25:37
Bonjour,
Je pense qu'il faudrait revoir qqu chose dans le 1er paragraphe de la contrelettre :
Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n’a désormais qu’un seul devoir : celui de mettre en œuvre un programme artistique et culturel cohérent avec nos engagements internationaux en matière de diversité...
N'exagérons rien, ceci est le seul devoir du ministère de la culture, pas du gouvernement.

L’accès aux œuvres de l’esprit passe de plus en plus, par la médiation audiovisuelle.
Pourquoi une virgule ? Il y avait un "aussi" dans le texte initial.
Je propose de numéroter les lignes (ou les paragraphes) de la contrelettre pour faciliter les commentaires de détail.

Peut-être ferais-je d'autres commentaires, de détail ou de fond; en tous cas sûrement une 2ème lecture avant ma signature.
Merci de cette entreprise,
Sylvie Tornier.
commentaire n° : 21 posté par : Sylvie Tornier le: 20/11/2007 10:47:08
C'est la France, donc tout son gouvernement, qui est tenue par les accords internationaux, pas seulement le ministère de la culture...
Numéroter les lignes, c'est vraiment difficile à gérer...
Enfin, dont acte, "l'accès aux oeuvres de lesprit passe "aussi"... etc. C'est rectifié.
Le modérateur
réponse de : lacontrelettre (site web) le: 20/11/2007 10:51:54
Après avoir laissé un commentaire, j'ai réalisé la petite phrase qui était écrite en bas : Votre adresse IP sera archivée. Pourquoi cet archivage? A quels fins? J'avoue que ça ne me plait pas trop. merci d'avoir une réponse.
commentaire n° : 22 posté par : Aurélie Dewitte le: 13/11/2007 22:16:35
L'archivage des adresses IP se fait automatiquement pour tout commentaire par notre hébergeur, pour responsabiliser les auteurs de commentaires douteux ou illicites. Peut-être même s'agit-il d'une mesure légale qui vous est annoncée. Nous n'y sommes pour rien...
réponse de : lacontrelettre (site web) le: 14/11/2007 16:37:59
je suis architecte du paysage et marionettiste, ou ni l'un ni l'autre, mais ces deux pratiques sont marginales dans la marginalité que représente déjà le fait d'exercer une activité artisitique. l'architecture du paysage et son enseignement sont cachés par l'architecture et l'urbanisme, et le théatre de marionette par le théatre. Pourtant cette marge de marge a beaucoup de choses à exprimer. Il faut les aider à grandir.
commentaire n° : 23 posté par : Aurélie Dewitte le: 13/11/2007 20:10:27
Bonjour,

Concernant le passage sur «la pertinence des commandes d'art des Frac et du Fnac», il serait bon de corriger une erreur grossière de la lettre de Nicolas Sarkozy: il s'agit de «la pertinence des acquisitions d'œuvres par les Fonds régionaux d'art contemporain et le Fonds national d'art contemporain».

marjorie micucci
commentaire n° : 24 posté par : marjorie micucci le: 04/11/2007 09:42:44
Très bien les corrections concernant les subventions allouées aux structures et la souplesse évidente dont ont besoin les structures culturelles quant au "résultats" à obtenir.
Bien aussi sur le système d'indemnisation chomage et de faire un bilan de leur nouveau protocole dont il n'est absolument pas question. C'est quand-même incroyable !
Au plaisir!
Sylvain W.
commentaire n° : 25 posté par : Sylvain W. le: 31/10/2007 18:31:47
Bonjour,
Bravo pour cette initiative qui m’apparaît comme essentielle et globalement très bien réalisée.
J’approuve en particulier les références à la «diversité culturelle», aux notions de «sens» et de «valeurs», à la différenciation entre «œuvre» et «produit», aux injonctions à la concertation, à la transparence et à l’abandon du seul critère quantitatif.
Contrairement à l’un des récents commentaires, je ne crois pas que la notion de «démocratie culturelle» soit plus intéressant que la référence à la «diversité culturelle», qui va justement de pair avec la transparence des décisions et évite le leurre d’une «culture démocratique», qui est une autre forme de nivellement idéologique et mortifère.
Bravo enfin pour les précisions fort judicieuses sur la forme que peut prendre l’éducation artistique.

Par contre, comme l’écrit également un autre «commentateur», je suis fortement gêné par les quelques aspects polémiques qui risqueraient de disqualifier l’ensemble des propositions de ce document. Leur abandon peut en outre élargir encore le panel des signataires, et être un argument fort de présentation de ce document : «dénué de tout aspect polémique …»

Ainsi, je propose que :(...)

(Ici vos propositions en couleur ne peuvent apparaître, nous esayerons de les intégrer très vite dans le texte de la contre lettre/ Modérateur))

Avec mes félicitations.
Bien sûr, je signe,
Et je transmets à d’autres acteurs culturels de ma connaissance.

Blaise PLUMETTAZ
Directeur
Choeur Régional d'Auvergne
commentaire n° : 26 posté par : Blaise Plumettaz le: 31/10/2007 12:05:16
Mmmm. Votre contre-lettre est partiellement illisible : il serait peut être plus profitable d’en écrire une nouvelle qui ne soit pas collée à celle de Sarko... Par ailleurs, à part reprendre des banalités tirées du programme de Segolène Royal, je ne vois là rien de bien exaltant. Comme d’habitude, personne ne pense une alternative valable entre "l’art institutionnel à la française", c’est-à-dire l’art subventionné qui se fait entre amis et connaisseurs de bon plans, et l’art capitaliste qui suit la loi de l’offre et de la demande et propose en général une merde réchauffée sans saveurs. Pour l’instant, en France, ces deux extrêmes dominent, à la fois l’un et l’autre... Aucune reflexion sur les rapports des pratiques artistiques et de l’école, sur une eventuelle fiscalité propre aux lieux de spectacle, aucune critique de la concentration spectaculaire des arts dans de gros pôles de diffusion qui sont des gouffres financiers et profitent à un petit nombre d’artistes, alors qu’il serait plus efficace (mais moins politiquement visible, donc moins rentable electoralement) de financer de petites unités dispersées sur le territoire. Enfin, aucune pensée de fond sur ce que l’on appelle "pratique artistique" et "culture", si ce n’est les habituelles tartes à la crème malraussiennes. Tant que rien de bien exaltant ni profond ne sortira de ces oppositions plus ou moins corporatistes à Sarkozy, celles-ci n’ont pas d’avenir (tandis que le nicolas, lui, va continuer à prosperer)... Artistes, encore un effort si vous voulez être écoutés...
commentaire n° : 27 posté par : Calagan le: 31/10/2007 11:54:33
e suis chanteuse lyrique. Cette saison je vais donner plus de trente représentations "scolaires". Ces projets se dévelloppent de plus en plus, et il semble que cela soit dû aux subventions d’état, et à la politique culturelle en général. J’ai déjà participer à de nombreux projets de ce type, et on m’en a proposé plus de cinq pour cette saison, que je n’ai pas pu tous honorer pour des raisons de calendrier. Je pense que s’il est intéressant de participer à de telles aventures, il s’avère en le faisant que le travail en amont n’a souvent pas été fait. Le résultat peut être désastreux. Certtaines de ces classes semblent subir les représentations et je doute fort de l’intérêt que cela peut avoir. On peut aussi, quand le travail n’a pas été préparé dégoûter des enfants. Je tiens à dire que ce n’est pas toujours le cas mais ça arrive fréquemment. Il m’arrive de penser que cela ressemble à un plâtre sur une jambe de bois. Il faudrait un vrai travail de fond avec les scolaires pour que cela soit utile, ça veut dire plus de temps, et plus d’argent aussi bien sûr. Ces projets sont également moins chers à produire, et moins bien payés pour les artistes. S’agit-il vraiment d’une politique culturelle, ne serait-ce pas plutôt une façon de se donner bonne conscience ? La diversité, la recherche, l’audace sont autant de valeurs que les artistes se doivent de défendre, elles semblent exclues de ces projets. S’il est vrai qu’il faut éduquer les enfants, je pense qu’il faut aussi faire réflechir les adultes.

Une artiste qui aime aussi jouer devant un public d’adultes consentant.
commentaire n° : 28 posté par : X le: 31/10/2007 11:53:36
Je voudrais insister sur le rôle ESSENTIEL des "petites" structures culturelles dites de proximité. Chacun en est convaincu... mais nos budgets s'effondrent, nos projets sont menacés et leur suppression ne gêne pas grand monde !Nous étions d'ailleurs absents des préoccupations des politiques présidentielles et le serons très certainement des projets municipaux...(ou si légèrement évoqués !) A force de ne plus parler de culture..... Or, nous sommes les passeurs de culture au quotidien, entre les habitants et le monde artistique.... nous sommes très très souvent le 1er lieu de découverte culturelle et artistique... des enfants, des familles et des jeunes !
Pour l'avoir expérimenté et mis en oeuvre dans ma structure, il est également indispensable de former les animaterus socioculturels aux pratiques culturelles et artistiques... un chemin est à construire entre le milieu dit culturel et le milieu de l'éducation populaire... non pas au niveau des dirigeants mais au niveau des personnes qui travaillent sur le terrain auprès des publics...
La culture de masse fait très bien son travail de nivellement.... réveillons nous !
commentaire n° : 29 posté par : Christine Planel (site web) le: 29/10/2007 10:54:37
Qu'il serait doux dans cette missive, de faire écrire la volonté de réunir de nouveau culture et jeunesse...
commentaire n° : 30 posté par : marsiho (site web) le: 28/10/2007 20:25:23
Nous avons ajouté quelques mots pour rappeler, comme vous le faites, l'importance de la relation à la Jeunesse... Est-ce suffisant ?
réponse de : lacontrelettre (site web) le: 28/10/2007 21:02:45
Je souhaite signaler une restriction sclérosante dans le système de la sécurité sociale des artistes " la maison des artistes" :

La MDA n'accepte pas que les revenus des artistes proviennent d'autres sources que de celle de ventes d'oeuvres. C'est d'abord tout à fait hypocrite puisque, pour beaucoup d'artistes, l'enseignement ou la mise en place d'ateliers réguliers ou ponctuels représente une part non négligeable de leur revenus.

De plus il me semble que, dans une politique d'accès élargi à la culture et aux pratiques culturelles, la place de l'artiste pourrait au 21eme siècle s'étendre de l'atelier vers la cité, & aller à la rencontre des différents publics. Ceux des écoles bien sûr, mais aussi ceux qui sont en marge, reclus ou mis à l'écart, tant dans le domaine du social que de la santé & du handicap.

A l'heure actuelle, ces politiques de médiations, d'action culturelles ou d'accès aux pratiques culturelles ne sont pas reconnues par la maison des artistes qui menace d'exclusion ceux qui font l'aveu de ce type d'activités, les forçant ainsi à choisir entre l'économie parallèle ou le salariat ( quand c'est possible).

Il me semble que le statut officiel, de l'artiste indépendant d'aujourd'hui, pourrait être élargi à ces actions auprès des publics, entérinant ainsi le fait que la création est un mot qui désigne tant l'acte que l'oeuvre produite.
Merci

Daniel Boursin
commentaire n° : 31 posté par : Daniel Boursin le: 27/10/2007 00:00:36
Bonjour
Je souhaite être signataire de cette "contrelettre" dont je déplore toutefois l'intitulé, d'une part en ce qu'il ne saurait que desservir votre action par la dimension agressive et, partant, contre (pour le coup)-productive du terme lui-même, et d'autre part en ce qu'il me semble finalement inapproprié : vos revendications, que je partage pour l'essentiel naturellement, ne s'écartent que rarement de manière radicale de la lettre de mission rédigée par le gouvernement ; elles la corrigent, l'améliorent, la précisent. C'est pourquoi le terme de "correctif" m'aurait paru préférable.

En vous remerciant néanmoins,

Emmanuelle Favier, auteure et metteure en scène
commentaire n° : 32 posté par : Emmanuelle Favie le: 26/10/2007 20:24:06
je signe avec grand plaisir la contre-lettre et remercie toutes les énergies qui l'on rendue possible.
Bien à vous,
lidia martinez, chorégraphe-auteure-interprète.
merci.
commentaire n° : 33 posté par : Lydiamartinez le: 25/10/2007 22:18:39
Je signe cette contrelettre, bien évidemment. Mais je ne suis pas d'accord avec tous ses éléments, en particulier l'un d'entre eux. Par exemple, je pense personnellement que la notion de démocratie culturelle et artistique est préférable à celle de «diversité culturelle» qui me semble floue et insuffisante et qui n'a jusqu'à aujourd'hui, malgré les intentions affichées par l'Unesco, pas beaucoup porté à conséquences. Même si l'on peut douter d'une volonté authentique de démocratiser l'art et la culture de la part de ce ministère lorsqu'il parle de «démocratisation», et même si l'on peut en réalité craindre une dérive populiste derrière ce terme, cela ne nous empêche pas de continuer à défendre des idéaux. Et je ne veux quant à moi pas renoncer à la notion clairement politique de démocratie en art. Mais je suis d'accord avec de nombreux autres points, bien sûr.

Nicolas Roméas/ Revue Cassandre
commentaire n° : 34 posté par : N. Roméas le: 25/10/2007 19:48:09

La lettre officielle


lettremission-albanel07.jpg
Lettre de mission de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, adressée à Mme Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la communication.



LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Paris, le 1 août 2007

Madame la Ministre,

Les résultats de l'élection présidentielle et des élections législatives qui viennent d'avoir lieu dans notre pays montrent l'ampleur de l'attente de changement manifestée par les Français. En élisant au Parlement une large majorité présidentielle, ils ont voulu donner au gouvernement, sans aucune ambiguïté possible, tous les outils nécessaires à la réussite de sa mission. Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n'a désormais qu'un seul devoir : celui de mettre en œuvre le programme présidentiel et, au-delà, de réconcilier nos compatriotes avec l'action politique en lui prouvant qu'elle peut encore changer les choses et rendre à notre pays la maîtrise de son destin.

Tout au long de la campagne présidentielle, des engagements ont été pris dans le champ de vos compétences ministérielles. Il va de soi que nous attendons de vous que vous les teniez. L'objet de cette lettre de mission est de vous préciser les points qui, parmi ces engagements, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons d'obtenir rapidement des résultats.

En 1959, Malraux définissait ainsi les missions du nouveau ministère des affaires culturelles : " rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ". Signe de leur pertinence et de leur permanence, ces missions s'incarnent un demi-siècle plus tard dans les nouveaux " programmes " du ministère (patrimoine, création, transmission des savoirs).

Après l'ère Malraux, un second cycle politique a conduit dans les années 1980 à une forte croissance des moyens d'intervention du ministère (budget, aides fiscales et réglementaires comme le prix unique du livre), permettant de soutenir des formes artistiques toujours plus nombreuses, et se traduisant par le lancement régulier de " grands projets ".

Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale. Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier les lacunes et les ratés : un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d'addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d'ensemble, une prise en compte insuffisante des publics, et surtout l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle. De fait, notre politique culturelle est l'une des moins redistributives de notre pays. Financée par l'argent de tous, elle ne bénéficie qu'à un tout petit nombre.

L'environnement dans lequel s'inscrit la politique culturelle est par ailleurs en pleine transformation. La révolution numérique crée une possibilité d'accès quasi infini aux œuvres de l'esprit, tout en menaçant gravement la création par les atteintes aux droits d'auteur et aux droits voisins qu'elle permet. Et les industries culturelles sont de leur côté à l'origine d'une part croissante de la richesse et de l'emploi.

L'heure d'un nouveau souffle pour notre politique culturelle est donc venue, celle d'adapter l'ambition d'André Malraux au XXIème siècle. Il vous revient de proposer les voies et moyens d'une politique culturelle nouvelle, audacieuse, soucieuse de favoriser l'égalité des chances, d'assurer aux artistes une juste rémunération de leur travail, de développer la création et nos industries culturelles, de s'adresser à tous les publics.

Votre première mission sera de mettre en œuvre l'objectif de démocratisation culturelle. Celle-ci a globalement échoué parce qu'elle ne s'est appuyée ni sur l'école, ni sur les médias, et que la politique culturelle s'est davantage attachée à augmenter l'offre qu'à élargir les publics.



Nous souhaitons qu'avec le ministre de l'Education nationale, vous fassiez de l'éducation culturelle et artistique à l'école une priorité de votre action en faisant tomber, pour cela, la barrière qui s'est progressivement dressée entre le monde éducatif et le monde de la culture du fait de la séparation des deux ministères. L'école doit transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d'aimer l'histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays - condition pour se sentir membres d'une même Nation -, de vivre en homme ou en femme libre, et d'apprécier, tout au long de leur vie, l'art, le spectacle, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles. Nous pensons que la création d'un enseignement obligatoire d'histoire de l'art peut constituer le support de cette éducation culturelle qui fait aujourd'hui si cruellement défaut à nos enfants. Vous veillerez également à ce que tous les enfants, durant toute leur scolarité, puissent avoir une pratique artistique effective, en diversifiant les possibilités et en favorisant les pratiques collectives. Chaque établissement scolaire devra établir des liens privilégiés avec un établissement culturel. L'épreuve artistique au baccalauréat sera davantage valorisée. Enfin, vous encouragerez ceux de nos jeunes qui ont une activité artistique d'excellence tout en poursuivant une scolarité normale, par exemple en aménageant celle-ci et en facilitant leur accès aux grandes écoles ou leur réussite universitaire.



La mise en œuvre de cette politique d'éducation culturelle et artistique suppose un partenariat renouvelé et durable entre votre ministère et celui de l'Education nationale afin que les administrations et le monde de l'éducation se rapprochent de ceux de la culture. Avec le ministre de l'Education nationale, vous nous proposerez les modalités de ce partenariat pérenne, qui associera les collectivités locales.




L'accès aux œuvres de l'esprit passe aussi, de plus en plus, par la médiation audiovisuelle. A la télévision comme à l'école, la culture doit être davantage présente dans les programmes.

France Télévisions doit fortement affirmer son identité de service public à travers une offre culturelle plus dense, plus créative, plus audacieuse ; une offre qui marque une plus grande différence avec les chaînes privées ; une offre fondée sur des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute. Un cahier des charges rénové sera rédigé pour encadrer les activités et préciser les identités des différentes chaînes de France Télévisions. Un certain nombre de synergies importantes, qui n'ont été que trop longtemps différées, doivent être mises en œuvre. Pour les permettre, vous expertiserez et nous proposerez les modifications souhaitables de structures.





Radio France devra également poursuivre sa modernisation et promouvoir la diversité éditoriale, culturelle et musicale. S'agissant des radios privées, vous dresserez avec le CSA un bilan des règles applicables en matière de quotas et proposerez des aménagements permettant d'améliorer l'exposition de toutes les musiques.



Quant à la révolution numérique, elle doit être l'occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine. L'Etat peut l'encourager par la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l'incitation à la diffusion numérique croissante de contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives.










La gratuité des musées nationaux fait partie des engagements du projet présidentiel. Si elle est possible et réussie ailleurs, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas en France. Celle-ci faisant toutefois l'objet de débats au sein du monde de la culture, vous conduirez d'abord une expérimentation de la gratuité avec un échantillon d'établissements, sans perte de recettes pour les musées concernés. Son objet sera d'en mesurer toutes les conséquences et de déterminer les conditions de réussite de sa généralisation.



Vous créerez à l'échelon de la France ou, mieux encore, à l'échelon de l'Union européenne, en profitant à cet effet de la présidence française de l'Union au second semestre de l'année 2008, un " pass culture " pour les jeunes, leur donnant un droit de visite gratuit aux musées et aux sites les plus remarquables du patrimoine français ou européen.








Vous vous appuierez sur des intermédiaires compétents pour faire venir à la culture des publics qui en sont aujourd'hui très éloignés et expertiserez la proposition d'un " chèque culture " remis aux familles pour leur permettre d'accéder aux équipements culturels de leur choix.












La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous réformerez à cette fin les conditions d'attribution des aides en créant des commissions indépendantes d'attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. Dans le même esprit, et de manière alternative, vous examinerez dans quelle mesure le dispositif d'aide à la production cinématographique, qui repose en partie sur le succès public des œuvres subventionnées, pourrait être appliqué au théâtre, ce qui n'interdit pas de le moderniser par ailleurs.








Deux secteurs traversent actuellement une crise particulièrement grave. Ils devront mobiliser particulièrement votre ministère.



Nous souhaitons conduire dans les plus brefs délais un plan de sauvetage de l'industrie musicale et, plus largement, de protection et de promotion des industries culturelles couvertes par les droits d'auteur et droits voisins. Ce plan devra être mené avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, et s'appuyer sur trois volets : la montée en puissance d'une offre numérique diversifiée, bon marché et simple d'utilisation ; la prévention et la répression de la piraterie numérique ; l'aide à l'adaptation des structures et des modèles économiques des industries concernées.
A cette fin, vous favoriserez la mise à disposition du public d'offres commerciales attractives de musique, de films et de toutes les formes de création enregistrée sur les nouveaux réseaux fixes et mobiles. La chronologie des médias doit poursuivre son adaptation. Vous inciterez les titulaires de catalogues à numériser leurs œuvres et à les distribuer sur tous les supports. Vous ferez de l'interopérabilité une priorité majeure. Parallèlement, vous rechercherez les voies et moyens pour conclure un accord interprofessionnel permettant de dissuader efficacement et de réprimer la contrefaçon de masse. Les solutions techniques existent, elles doivent être expérimentées et mises en œuvre. Vous nous proposerez les mesures d'accompagnement utiles à la sauvegarde et à la transition des industries culturelles vers de nouveaux modèles de développement et de croissance. A partir d'un bilan de la loi DADVSI, vous préparerez enfin les prochaines échéances législatives et communautaires. Notre pays doit être en position pionnière en Europe pour la défense des droits, la diffusion de contenus numériques, la promotion de l'interopérabilité et la responsabilité des acteurs de l'Internet.





Par ailleurs, vous prendrez les dispositions nécessaires pour permettre à la presse quotidienne de sortir de la crise qu'elle traverse depuis des années, en particulier en ce qui concerne le régime de sa distribution et son adaptation à l'univers numérique.

Les Français sont, vous le savez, très attachés à notre patrimoine. Vous poursuivrez l'effort de remise à niveau des crédits alloués à la politique du patrimoine et vous vous efforcerez d'augmenter le nombre des sites et monuments accessibles au public.

Nous vous demandons d'expertiser le projet de créer un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l'histoire civile et militaire de la France. De même, en prévision des soixante-dix ans de l'appel du Général de Gaulle (2010), vous étudierez le projet d'un ambitieux mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Leurs témoignages, histoires, récits et mémoires seraient collectés puis réunis dans l'enceinte d'un monument qui serait lui-même un geste architectural.

En lien avec le ministre des Affaires étrangères et européennes, nous vous demandons de moderniser en profondeur l'action culturelle extérieure de la France. Nous souhaitons que la France soit plus déterminée à promouvoir sa langue, sa culture et ses artistes à travers le monde.

Vous appuierez l'effort de rationalisation des structures de la politique culturelle extérieure de la France demandé au ministre des Affaires étrangères et européennes, afin que cette politique gagne en cohérence, en visibilité et en impulsion. Vous étudierez les moyens de mieux déployer nos implantations culturelles à l'étranger en fonction de la nouvelle géographie des zones d'influence et de création dans le monde, et des conséquences de l'intégration européenne sur l'étendue de notre réseau diplomatique et consulaire.


A partir d'une étude définissant nos objectifs selon les différentes parties du monde, vous élaborerez un schéma de réorganisation et de rationalisation des instruments de la politique audiovisuelle extérieure de la France pour une présence audiovisuelle plus forte, plus cohérente, plus ambitieuse, plus efficace.

De même, nous voulons que la France joue un rôle majeur dans l'accueil et la formation des futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers. En lien avec le ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement et la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, vous prendrez les dispositions nécessaires pour les attirer en France et créer des liens étroits et durables entre ces élites et nos artistes. Par ailleurs, vous rechercherez des collaborations européennes et internationales dans le domaine de l'enseignement artistique supérieur.

Si elle ne saurait être soumise aux seules lois de l'argent et du profit, la culture n'en est pas moins de plus en plus une source d'emplois et de richesses. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce que les Français dépensent plus qu'autrefois en matière culturelle. Nous devons également prendre conscience que les industries culturelles sont l'objet d'une lutte d'influence entre plusieurs pays dans le monde et que les enjeux ne sont pas seulement économiques, mais aussi de civilisation.

C'est pourquoi vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour donner à nos industries culturelles les meilleures chances de se développer ou de se renforcer, et, à l'image du cinéma français dont le succès est incontestable, ou de la politique du livre qui globalement remplit ses objectifs, vous consoliderez l'action des pouvoirs publics au service de l'indépendance et de la prospérité de ces industries.

Dans le cadre d'une renégociation de la sixième directive TVA, qui sera pilotée par la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous vous efforcerez d'obtenir le droit pour notre pays d'appliquer un taux de TVA réduit à l'ensemble de nos biens culturels, dans l'univers physique comme sur les réseaux.

A l'issue d'une réflexion stratégique associant tous les acteurs et couvrant tous les sujets, vous nous proposerez, avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, une remise à plat des dispositions législatives et réglementaires qui s'appliquent au secteur de l'audiovisuel. En tenant compte de la nouvelle donne du marché comme des exigences de la création, l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan, capables de structurer une industrie française puissante des contenus et d'affronter les nouveaux défis liés à la multiplication des canaux de distribution.



Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs. La France dispose d'un capital humain très recherché et de sociétés créatives dans le domaine du jeu vidéo et nous souhaitons que ce secteur soit intégré dans vos priorités.



Vous prendrez les dispositions nécessaires pour redresser rapidement le marché de l'art français. Vous analyserez notamment sa situation juridique et fiscale (TVA, droit de suite···) au regard de la situation dans les autres pays, et ferez des propositions d'amélioration. Vous examinerez les raisons qui freinent la reconnaissance des talents français à l'étranger. Vous étudierez la pertinence de l'organisation des commandes d'art (FNAC et FRAC) et engagerez une réflexion sur la possibilité pour les opérateurs publics d'aliéner des œuvres de leurs collections, sans compromettre naturellement le patrimoine de la Nation, mais au contraire dans le souci de le valoriser au mieux.

Vous lutterez contre les abus au régime d'indemnisation du chômage des artistes et techniciens du spectacle, et inciterez les partenaires sociaux à limiter l'accès à ce régime aux professions et fonctions qui le justifient.




Enfin, vous nous proposerez un pilotage rénové de l'organisation de la profession d'architecte et de son enseignement et vous veillerez à favoriser la diffusion de l'architecture contemporaine et sa prise en compte dans les programmes d'urbanisme et de construction.




Pour réaliser ces missions et mettre en œuvre ces priorités, vous devrez disposer d'une administration rénovée, moderne, et dégager des marges de manœuvre accrues. Nous souhaitons que les dépenses de fonctionnement du ministère et de ses organismes rattachés soient réduites au profit de l'aide à la création et de la démocratisation culturelle. Vous encouragerez le financement privé de la culture, en étendant encore davantage les avantages alloués en faveur du mécénat et des fondations, en favorisant l'extension du mécénat à la politique de sauvegarde du patrimoine, en fixant des objectifs de résultats aux grands établissements dans la recherche de mécènes. A la tête de tous les établissements et administrations relevant de votre autorité, vous veillerez à associer des personnalités d'envergure du monde culturel et artistique à des gestionnaires confirmés.



Vous le savez, le programme présidentiel devra être mis en œuvre en respectant scrupuleusement notre volonté de préserver l'avenir des générations futures grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, conforme à nos engagements européens et composante essentielle de la démocratie irréprochable que nous souhaitons mettre en place.



Réussir les réformes attendues par les Français et cesser la spirale de l'endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu'il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent. Répartir la pénurie est aussi lâche et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé.

Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera donc entreprise. Elle sera conduite, sous notre autorité, par le Secrétaire général de la Présidence de la République, le Directeur du cabinet du Premier ministre, le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ainsi que des personnalités qualifiées issues du secteur public et du secteur privé, et des parlementaires. L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service rendu aux Français, le rendre plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir. C'est dans le cadre de cette révision générale que sera mis en œuvre l'engagement présidentiel d'embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite et que nos objectifs de finances publiques sur cinq ans seront poursuivis et atteints (réduction de la dette publique à moins de 60% du PIB, équilibre budgétaire, baisse aussi rapide que possible des prélèvements obligatoires avec l'objectif d'une réduction de quatre points sur dix ans).

Nous vous demandons de vous impliquer personnellement et sans réserve dans cet exercice qui ne saurait remettre aucunement en cause la mission que la présente lettre vous confie. Les premières grandes réformes issues de la révision générale des politiques publiques interviendront dès la préparation des budgets pour 2008. Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier.

Sur l'ensemble des points de cette lettre de mission, vous nous proposerez des indicateurs de résultat dont le suivi sera conjoint. Nous souhaitons que figurent, notamment, parmi ceux-ci, l'augmentation des enseignements culturels et artistiques à l'école, l'accroissement des programmes culturels à la télévision, l'augmentation de la fréquentation des musées, des théâtres, des bibliothèques et de tous les autres lieux de culture, l'ouverture de nouveaux sites et monuments au public, les progrès de la gratuité, le développement du mécénat et des autres formes de financement privé de la culture, l'amélioration de la place de Paris sur le marché de l'art et de nos artistes sur le marché mondial, l'accueil des élites culturelles et artistiques étrangères, l'amélioration de la situation de l'industrie musicale et de la presse écrite.

Nous ferons le point d'ici un an de l'avancement de votre mission et des inflexions qu'il convient, le cas échéant, de lui apporter.

En vous renouvelant notre confiance, nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de nos respectueux hommages.


Le Président de la République, Nicolas Sarkozy

Le Premier ministre, François Fillon

Madame Christine Albanel
Ministre de la Culture et de la communication

Présentation

Initiatives

 
NOUVEAU
Quelques liens vers les intiatives signalées
qui font écho aux préoccupations de la Contrelettre


La quadrature du Net

Acteurs culturels
de la région PACA



Nous signaler une initiative

Mode d'emploi

Le 1er août dernier, le Président de la république et le premier ministre adressaient à la ministre de la culture et de la communication une «lettre de mission», indiquant les grandes lignes ( et nombre détails) sur ce qu’ils souhaitent voir mis en œuvre dans le domaine culturel.
Outre sa forme, qui multiplie les injonctions, plusieurs éléments apparaissent particulièrement discutables dans cette missive.
Professionnels, militants, acteurs de l’action culturelle, nous avons donc décidé de verser au débat public une «contre-lettre» citoyenne, dont la première version est volontairement basée sur une réécriture partielle de l’existante.
Les premières modifications en rouge ont été publiées.
Les nouvelles propositions sont en bleu.
Certaines propositions se trouvent dans les commentaires.
Merci de vos commentaires et de vos propositions de modification.

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